Par Miguel Sorans, dirigeant de Izquierda Socialista (Gauche socialiste) en Argentine et de l’Union internationale des travailleuses et des travailleurs – Quatrième Internationale (UIT-QI)
La situation au Venezuela, après l’intervention militaire de l’extrême droite Trump et des États-Unis le 3 janvier dernier, outre le rejet qu’elle suscite, soulève de nombreux doutes et interrogations : la situation est-elle close ? Le plan de Trump a-t-il triomphé ? Le Venezuela est-il déjà gouverné ? Va-t-il réussir à voler son pétrole ? Un pacte a-t-il été conclu avec le régime chaviste, sans Maduro, pour co-gouverner ? Y aura-t-il de nouvelles interventions militaires en Colombie, au Mexique ou à Cuba, en Iran ou au Groenland ? Nous, militants anti-impérialistes, devons nous efforcer de répondre à ces questions, tout en continuant à promouvoir la mobilisation internationale pour vaincre Trump, l’impérialisme et ses plans coloniaux au Venezuela et dans le monde.
L’impérialisme a lancé une attaque directe contre le Venezuela et l’Amérique latine, sans précédent depuis l’invasion du Panama en 1989
Depuis lors, il n’y avait pas eu d’intervention militaire criminelle comme celle de Trump, et c’est la première qui soit menée en Amérique du Sud. En décembre 1989, l’impérialisme américain a envahi le Panama, faisant de nombreux morts et kidnappant le président Manuel Noriega, emprisonné et jugé aux États-Unis. Si l’attaque contre le Venezuela n’a pas, pour l’instant, eu l’ampleur de celle du Panama, il s’agit néanmoins d’une action militaire criminelle. À ce jour, on compte 100 morts parmi les militaires cubains, vénézuéliens et les civils, et plus de 100 blessés, des chiffres qui pourraient augmenter dans les prochains jours. Des installations militaires et des logements particuliers ont été lourdement bombardés. Effectivement, les peuples du monde entier condamnent cette intervention, les bombardements et l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse.
Trump lui-même a confirmé que l’action militaire n’avait pas pour objectif de lutter contre le trafic de drogue ni de promouvoir une ouverture démocratique au Venezuela. Ses déclarations ont explicitement montré qu’il voulait s’emparer du pétrole. Le Venezuela est le grand pays pétrolier d’Amérique latine et possède les plus grandes réserves de pétrole brut au monde, supérieures à celles de l’Arabie saoudite. Trump est allé jusqu’à annoncer qu’il entendait exercer un contrôle indéfini sur le pays, pendant des mois ou des années. Qu’il entendait contrôler l’ensemble du secteur pétrolier. En réalité, il tente de coloniser le Venezuela, d’en faire un protectorat au service des multinationales américaines et mondiales.
Dans son arrogance après l’action militaire au Venezuela et l’enlèvement de Maduro, qu’il présente comme une victoire, il a repris ses menaces de s’emparer du Groenland, région qui fait partie du Danemark, un pays européen, et a également menacé d’intervenir en Colombie, au Mexique, à Cuba et même en Iran.
Cette agression militaire de Trump et des États-Unis s’inscrit dans le cadre de la contre-offensive mondiale qu’il a annoncée lors de son entrée en fonction en janvier 2025. Il entend ainsi renverser la crise de domination des États-Unis, qui dure depuis des décennies. Il n’a jamais surmonté sa défaite militaire au Vietnam en 1975. En 2021, ils ont dû se retirer précipitamment d’Afghanistan, après 20 ans d’occupation infructueuse de ce pays. C’est pourquoi Trump, lorsqu’il a pris ses fonctions, a déclaré qu’il allait mettre fin au « déclin des États-Unis » et qu’il entamait un « âge d’or », à la recherche d’un nouvel « ordre » mondial. Mais, avec ses politiques, il ne fait qu’accroître le désordre mondial et les conflits et frictions entre bourgeois aux États-Unis et avec les autres pays impérialistes, y compris l’Union européenne (UE), la Chine et la Russie. C’est pourquoi l’UE a, dans l’ensemble, pris ses distances par rapport à la situation au Venezuela, et plus encore face aux menaces de Trump de s’emparer du Groenland, éventuellement par la négociation, mais sans exclure une action militaire.
Au Venezuela, l’objectif de Trump est de s’emparer du pétrole, de sa distribution et de ses profits. C’était l’objectif d’une récente réunion à la Maison Blanche avec plusieurs PDG de multinationales pétrolières américaines et d’autres pays, qu’il a exhortés à investir au Venezuela. Cependant, cela crée des frictions avec les multinationales elles-mêmes et les pays impérialistes qui prétendent diriger eux-mêmes leurs affaires pétrolières. C’est pourquoi, lors de la réunion mentionnée, il n’y a pas eu beaucoup d’enthousiasme et rien de concret n’a été décidé concernant sa proposition d’investir environ 100 milliards de dollars de leur poche.
Dans ce contexte, les conflits s’intensifient avec la Russie, dont les navires sont détournés, et surtout avec la Chine, qui reçoit près de 70 % des exportations pétrolières du Venezuela, ce qui représente tout de même un minimum de 4 % du pétrole importé par le géant asiatique. C’est pourquoi l’ensemble du plan pétrolier de Trump est remis en question.
La situation au Venezuela n’est ni close ni stabilisée
Assurément, il y a des négociations avec le gouvernement de Delcy Rodríguez, du chavisme sans Maduro, mais il n’est pas encore certain qu’un accord de livraison de pétrole et de cogouvernement avec les États-Unis sera conclu. C’est pourquoi Trump, dans ses fanfaronnades, a déclaré que si Delcy Rodríguez ne respectait pas ses engagements, « elle pourrait finir pire que Maduro ». C’est une menace très grave. Qu’est-ce qui pourrait être pire que l’enlèvement de Maduro et de son épouse ? S’agit-il d’une menace de mort ? Il a également déclaré qu’il n’excluait pas une deuxième action militaire. Les négociations se font sur la base de ces menaces, c’est pourquoi l’UIT-QI appelle à poursuivre l’unité d’action internationale contre l’intervention militaire et l’enlèvement de Maduro, ainsi que contre une nouvelle action militaire criminelle ou une invasion du Venezuela, tout en alertant sur le danger que le gouvernement chaviste finisse par conclure un accord avec Trump. Pour toutes ces raisons, nous pensons que l’action de Trump n’est pas une victoire définitive.
Il ne fait aucun doute que le succès de l’action militaire visant à kidnapper Maduro est une démonstration de la puissance militaire des États-Unis et un coup porté au peuple vénézuélien et aux peuples du monde, mais ce n’est pas définitif. Le fait qu’il n’ait pas osé jusqu’à présent envahir le Venezuela et installer un gouvernement fantoche, et qu’il doive négocier avec le régime chaviste, montre ses faiblesses.
Il ne fait aucun doute que l’enlèvement de Maduro est un événement spectaculaire qui a provoqué une euphorie injustifiée chez des millions de Vénézuéliens en exil, qui soutiennent la droite proaméricaine avec María Corina Machado, ainsi que chez l’ensemble de la droite mondiale. Parmi eux, le fasciste Javier Milei, président de l’Argentine. Mais, cela n’a pas duré longtemps, car Trump a écarté la possibilité d’installer au gouvernement le présumé président élu Edmundo González et María Corina Machado. Et, que la « transition » éventuelle, annoncée par Trump, se ferait avec le chavisme sans Maduro. Cette douche froide a été complétée par la déclaration de Trump selon laquelle il n’y aurait pas d’élections et qu’un appel aux urnes ne pourrait être inclus que dans une prétendue « phase » qui pourrait durer des années. La confusion était telle que, pour l’instant, même Milei s’est tu.
Les contradictions et la faiblesse politique de Trump ont été mises en évidence aux États-Unis. À quelques jours de l’intervention militaire, le Sénat, à majorité républicaine, a voté contre toute nouvelle intervention militaire américaine à l’étranger. Trump s’est mis en colère contre ses sénateurs. Simultanément, les sondages indiquent que 70 % de la population du pays rejette l’idée que Trump envahisse d’autres pays et 60 % % rejette l’idée qu’il prenne le contrôle du gouvernement vénézuélien. Ces 60 % ont beaucoup de poids au sein de la base de son mouvement MAGA, car cette base conservatrice et de droite a pris pour argent comptant la promesse électorale de Trump de ne plus intervenir dans les guerres et les conflits à l’étranger, et que les dépenses ne pouvaient pas être consacrées à la défense, mais qu’d’abord, il y avaient les « États-Unis». Parallèlement, les protestations et les marches contre l’intervention au Venezuela se multiplient dans tout le pays, qui s’entremêlent avec les mobilisations contre le meurtre par la police de Renee Nicole Good, une Américaine de 37 ans qui manifestait à Minneapolis (État du Minnesota) contre la présence des agents de police du Service de l’immigration et des douanes (ICE, selon son acronyme en anglais), déployés par Donald Trump dans plusieurs villes sous gouvernement démocrate.
Trump a publiquement soutenu l’agent fédéral impliqué dans la fusillade et a rendu la femme décédée responsable de l’incident. Des groupes de militants pour les libertés civiles et les droits des migrants ont organisé un millier d’événements à travers le pays pour condamner ce crime et réclamer le retrait des agents de l’ICE des rues des villes dans lesquelles ils sont présents. Les mobilisations, sous le slogan « ICE Out For Good », un jeu de mots sur le nom de famille de la militante décédée, peuvent se traduire soit par « ICE dehors pour toujours », soit par « ICE dehors au nom de Good ». En résumé, Trump n’a pas toutes les cartes en main.
Les négociations en cours
L’autre question à laquelle il faut répondre est de savoir si le gouvernement chaviste du Venezuela est déjà téléguidé par Trump. Ce dernier ne se lasse pas de répéter qu’il gouverne, qu’il est « au « commandement », au point de se présenter sur un réseau comme «président provisoire » du Venezuela. Trump ne se lasse pas de faire l’éloge de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, mais il ne cesse non plus de la menacer. Le gouvernement chaviste, sans Maduro, ne répond pas non plus catégoriquement et ne nie pas qu’il négocie et soit disposé à « coopérer » avec Trump, comme ce dernier l’a affirmé.
Dès le début, des doutes ont été semés sur la relation avec Trump, notamment en raison de la manière dont l’enlèvement de Maduro et de son épouse s’est déroulé. Certains analystes bourgeois ont émis l’hypothèse que le régime chaviste lui-même les aurait livrés en échange d’une monnaie d’échange. Compte tenu de la manière dont l’enlèvement s’est déroulé, il est logique que des doutes aient été émis. Mais, nous pensons qu’il s’agissait essentiellement d’un massacre efficace de l’impérialisme qui a tué 32 militaires cubains de la garde personnelle de Maduro et plus de 25 militaires vénézuéliens, grâce à sa supériorité technologique et sa puissance militaire écrasante, que nous ne pouvons ignorer. D’autre part, ce n’est pas la première fois qu’ils procèdent à une intervention chirurgicale de ce genre. Comme lorsque, sous le gouvernement du démocrate Barack Obama, ils ont capturé puis assassiné Oussama ben Laden au Pakistan (2011). Israël mène également ce genre d’interventions, qui bénéficient toujours d’un soutien interne dans les pays où elles sont menées. Dans ce cas, il est probable qu’elle ait été menée en collaboration avec des collaborateurs chavistes internes achetés par la CIA et qu’elle ait également profité de la faiblesse de la défense de l’armée vénézuélienne, plus soucieuse des affaires et de la répression interne que de se préparer à défendre le pays. En effet, les États-Unis ont reconnu avoir infiltré un agent de la CIA dans l’entourage proche de Maduro, qui rendait compte régulièrement de ses mouvements. Le temps nous dira ce qui s’est réellement passé.
À ce jour, il n’existe aucune preuve politique ni aucun fait démontrant qu’une division importante se soit produite au sommet du gouvernement chaviste, ni au sein du PSUV ni au sein de la Force armée nationale bolivarienne (FANB), au-delà des éléments logiques de crise après une action telle que celle qui s’est produite. Bien sûr, une division du régime ne peut pas être exclue à l’avenir. Cependant, jusqu’à présent, l’unité politique des frères Rodríguez (Delcy et Jorge, président de l’Assemblée nationale), des dirigeants de la FANB, dirigée par Vladimir Padrino López, ministre de la Défense, et Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur, qui contrôle la répression interne, serait maintenue.
Ce qui se passe actuellement, c’est qu’en raison de la faiblesse et des contradictions politiques de Trump dans sa tentative d’appliquer ses politiques contre-révolutionnaires, il doit combiner le « bâton » de la doctrine Monroe avec des éléments de négociation avec le régime chaviste. Trump, très à l’aise, a annoncé qu’il travaillait et qu’il voulait continuer à travailler avec le régime chaviste. Pour cela, il peut également compter sur la disponibilité du chavisme, qui met ainsi en évidence ce que nous avons toujours dénoncé : ce n’est pas et n’a jamais été un gouvernement de gauche ni véritablement anti-impérialiste qui construisait le socialisme. Cela a toujours été un gouvernement capitaliste, de conciliation des classes avec un double discours « socialiste ».
Le revirement politique de l’ultraconservateur Trump, qui cherche à conclure un pacte avec le gouvernement chaviste, qu’il accusait de « narcotrafiquant » et de “communiste”, est particulièrement frappant. Cela s’explique par son cynisme, mais également par le fait que les multinationales pétrolières, toujours présentes dans le pays, se sont opposées à une intervention militaire directe au Venezuela, préférant la stabilité d’un régime dictatorial, quel qu’il soit, à la possibilité d’une déstabilisation politique qui mettrait en péril leurs activités. C’est ce qu’a confirmé Ali Moshiri, actuellement investisseur à Vaca Muerta en Argentine, qui a été pendant 40 ans cadre supérieur chez Chevron, la seule compagnie pétrolière américaine à être restée au Venezuela :
«Il est important que ce soit quelqu’un du système actuel, qu’on le veuille ou non, car cette personne doit tout équilibrer et avoir une capacité de dialogue. Si l’on fait appel à quelqu’un de complètement nouveau, cela crée un vide de pouvoir, et ce vide engendre de l’insécurité, et personne ne va investir ». (Clarín, Argentine, 8/1/2026). Moshiri entretenait de bonnes relations avec Hugo Chávez. Le 11 février 2010, lors de la cérémonie de remise d’une concession (à Chevron) pour 40 ans dans la ceinture pétrolière de l’Orénoque, le président vénézuélien Chávez a demandé à Alí Moshiri, représentant de la multinationale, d’intervenir auprès d’Obama : « [Espérons] que vous nous aiderez à améliorer la situation et les relations avec le gouvernement des États-Unis […] espérons qu’Obama viendra dans la ceinture de l’Orénoque, amenez-le » (page 133, du livre « Pourquoi le chavisme a-t-il échoué ? ». Auteurs Simón Rodríguez Porras et Miguel Sorans. Disponible sur nahuelmoreno.org).
Le mensonge du « socialisme du XXIe siècle »
Le danger d’une stabilisation d’un pacte politico-économique entre le gouvernement chaviste et Trump est bien réel. C’est ce qu’a correctement signalé le Parti socialisme et liberté (PSL), la section vénézuélienne de l’UIT-QI (voir la déclaration du PSL, « Non à un pacte avec Trump », sur UIT-QI.org).
Il s’agit d’un accord contre le peuple travailleur et les secteurs populaires vénézuéliens, qui approfondirait la cession du pétrole aux multinationales et aux entrepreneurs privés nationaux.
Cette possibilité politique, quelque peu scandaleuse, ne s’explique que par la définition que nous donnons depuis plus de 20 ans, à savoir que le soi-disant « socialisme du XXIᵉ siècle » était une fraude politico-idéologique visant à maintenir le Venezuela dans le cadre du capitalisme. Il est temps que les militants anticapitalistes du monde entier partagent cette conclusion. Les définitions données par les analystes bourgeois, partagées par certains secteurs de la gauche réformiste mondiale, selon lesquelles le régime chaviste était socialiste, anticapitaliste et anti-impérialiste, n’ont jamais été vraies. Même certains secteurs de la gauche trotskiste encourageaient l’idée qu’il était tout à fait possible que ce régime se radicalise et avance vers le socialisme, à l’instar de Cuba dans les années 1960.
L’UIT-QI, avec les camarades du PSL du Venezuela, dirigés par les socialistes historiques Orlando Chirino, José Bodas et Miguel Ángel Hernández, a toujours affirmé que le chavisme, avec Hugo Chávez puis Maduro, n’allait pas vers une rupture avec le capitalisme ni vers le socialisme. Notre courant de la gauche trotskiste, fondé par Nahuel Moreno (1924-1987), a toujours été indépendant du gouvernement chaviste et a mis en garde contre les dangers que représentait sa conciliation avec les multinationales et les grands entrepreneurs. Nous avons toujours accompagné les luttes du mouvement ouvrier et la lutte contre la bureaucratie syndicale chaviste.
En raison de notre position indépendante, nous avons subi en novembre 2008 l’assassinat des dirigeants ouvriers Richard Gallardo, Luis Hernández et Carlos Requena, dirigeants de l’Unete, centrale syndicale de l’État d’Aragua. Un tueur à gages professionnel les a abattus dans un local de La Encrucijada, où ils dînaient après le succès d’une grève dans cette région. Gallardo était président de l’Unete-Aragua, Hernández secrétaire général du syndicat de Pepsi Cola et Carlos Requena délégué à la prévention de l’entreprise Produvisa. Tous trois étaient membres de notre courant syndical Corriente Clasista Unitaria Revolucionaria Autónoma (CCURA) et de notre parti, aujourd’hui le Parti Socialisme et Liberté (PSL). L’affaire reste impunie.
Nous qualifions le régime chaviste de staliniste bourgeois. Que cela signifie-t-il ? Qu’il s’agit d’un régime capitaliste et répressif, avec un faux discours socialiste et antiimpérialiste : « le socialisme du XXIᵉ siècle ». C’est une dictature capitaliste, mais avec la particularité de se qualifier elle-même de « socialiste », de « révolutionnaire » ; ils disent soutenir la Palestine et citent parfois même Lénine et Trotski, comme l’a fait Chávez. C’est en cela que consiste notre caractérisation du régime comme stalinien bourgeois, afin de le distinguer des dictatures bourgeoises contre-révolutionnaires du type Videla ou Pinochet. Le Nicaragua et Cuba, avec leurs particularités, sont également des régimes staliniens bourgeois. Tous, en particulier le chavisme, salissent le nom du socialisme, créant une énorme confusion dans le mouvement de masse et sa conscience, car tout, grâce à une rhétorique pseudo-gauchiste, sont des gouvernements capitalistes qui appliquent des ajustements et concluent des accords avec les multinationales.
La confusion autour du mensonge du « socialisme du XXIᵉ siècle » est telle que, cependant, tant les analystes de la presse bourgeoise que ceux de gauche continuent d’ignorer que les multinationales pétrolières et les grandes entreprises privées ont toujours fonctionné sous le chavisme.
Ce que dit Trump, à savoir que « les multinationales pétrolières doivent revenir » au Venezuela, est faux. En réalité, elles n’ont jamais quitté le pays. On répète même que le chavisme a nationalisé le pétrole, ce qui est totalement faux.
En 1975, c’est le gouvernement social-démocrate de Carlos Andrés Pérez qui a décrété la nationalisation de l’industrie pétrolière et créé l’entreprise publique PDVSA. Des indemnités de plusieurs millions ont été convenues et versées aux multinationales, et la loi nationalisant le pétrole, dans son article 5, laissait la porte ouverte au retour des capitaux transnationaux dans l’industrie, par le biais de contrats de services. C’est ce qui s’est effectivement produit dans les années 1990 avec l’« ouverture pétrolière » du président Rafael Caldera.
Ce que Chávez a fait, c’est de remplacer les accords commerciaux et les concessions qui régissaient le fonctionnement des multinationales au Venezuela, y compris celles des États-Unis, par des entreprises mixtes. Chávez n’a pas nationalisé le pétrole. C’est aussi simple que cela.
Le 1ᵉʳ janvier 2006, le plan a été annoncé, sous le nom pompeux de « Plena Soberanía Petrolera » (pleine souveraineté pétrolière), par lequel le gouvernement Chávez ouvrait PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, au système des entreprises mixtes. Ainsi, les multinationales et les entreprises privées nationales, qui opéraient auparavant dans le cadre des accords de concessions opérationnelles, sont devenues des entreprises associées à PDVSA. La seule exception était la suivante : « Dans le processus de migration des entrepreneurs vers les entreprises mixtes, il était prévu que l’État atteigne au moins 51 % de participation ». Jusqu’à 49 % des actions étaient réservées au capital transnational. Parmi les premières entreprises à signer les accords figuraient Chevron, Repsol, Shell, BP, Total, China National Petroleum, ENI, Statoil et Petrobras. Seules deux entreprises ont refusé la reconversion et se sont retirées : les Américaines ExxonMobil et ConocoPhillips. Elles n’ont pas été nationalisées par Chávez. Elles sont parties. Plus tard, les entreprises mixtes ont été rejointes par la japonaise Mitsubishi et les russes Lukoil, Gazprom et Rosneft, ainsi que par des entreprises d’Iran, d’Inde, du Vietnam, de Cuba et d’autres pays.
Ceci est très important car, en réalité, Maduro a continué jusqu’au jour de son enlèvement à proposer des accords aux investisseurs pétroliers américains. Rappelons-nous ses paroles en juin 2024, aux côtés du président de Chevron-Venezuela : « Je m’appelle Nicolás Maduro Moros, je suis le président de la République bolivarienne du Venezuela, un homme de parole, un homme de confiance. Je vous souhaite la bienvenue à investir au Venezuela afin que nous puissions travailler à une nouvelle relation entre les États-Unis et le Venezuela. »
Chevron n’est jamais parti et aujourd’hui, près de 27 % du pétrole vénézuélien exporté est destiné aux États-Unis et transite par Chevron. C’est pourquoi Delcy Rodríguez affirme que la relation avec les États-Unis n’est pas nouvelle.
Affaires et militaires
Le socialisme du XXIᵉ siècle a échoué, entre autres, parce que le chavisme a conclu un accord avec les multinationales pétrolières pour créer des entreprises mixtes, transformant des entreprises qui étaient auparavant des sous-traitants en partenaires de PDVSA dans le secteur pétrolier, cette entreprise publique conservant la majorité des actions. De cette manière, les multinationales, les nouveaux entrepreneurs pétroliers et les nouveaux riches du régime, souvent associés à des secteurs privés, empochaient les gros bénéfices. Cela a permis le maintien du capitalisme au Venezuela, aggravant la pauvreté des travailleurs et des classes populaires.
Les transactions douteuses qui se sont tissées autour du secteur pétrolier ont été et sont toujours une source de corruption du régime chaviste, en particulier des militaires, qui continuent aujourd’hui encore à contrôler, avec des civils, des dizaines d’entreprises dans différents secteurs économiques. Ce sont précisément ces secteurs enrichis à l’ombre du pétrole qui sont communément appelés « bolibourgeoisie ». Un nouveau phénomène social créé à partir de l’émergence du chavisme avec le mensonge du socialisme du XXIᵉ siècle.
De 1999 à 2013, sous la présidence de Chávez, 1 614 militaires ont occupé des postes élevés au sein du gouvernement. Son successeur Maduro, de 2013 à 2017, a créé 14 entreprises militaires : Constructora y Automotores Ipsfa, Emcofanb (télécommunications), TVfanb (télévision), Emiltra (transport), Agrofanb (agriculture), Banfanb (banque), Construfanb (construction), Cancorfanb (carrière), Fondo Negro Primero (finance), Complejo Industria Tiuna I et II (eau, habillement), Camimpeg (pétrole et exploitation minière), Neumalba (pneus), Imprefanb (imprimerie).
La lutte entre la droite vénézuélienne proaméricaine (María Corina Machado, Guaidó, Leopoldo López ou Capriles) et le chavisme s’explique par le fait qu’ils veulent être ceux qui reprennent le contrôle de ces entreprises, en concluant des accords directement avec les multinationales et l’impérialisme. Aucun d’entre eux, et encore moins Trump, n’a pour objectif d’élever le niveau de vie des travailleurs et travailleuses et de mettre fin aux inégalités sociales.
Dès le début, le PSL et son courant syndical CCURA ont dénoncé la fausseté du socialisme du XXIᵉ siècle, dans la mesure où la livraison du pétrole dans une économie capitaliste a été maintenue. Ils ont toujours dit que cela mènerait à l’échec et que cet échec aggraverait la pauvreté des travailleurs.
Le chavisme n’a pas utilisé le potentiel que pourrait procurer la richesse pétrolière pour améliorer le niveau de vie de la classe ouvrière, la santé, l’éducation, le logement et la production alimentaire et médicale, qui est un déficit historique au Venezuela.
C’est pourquoi notre courant a proposé une autre politique et a lancé comme slogan, en rupture avec le capitalisme, que le pétrole au Venezuela devait être 100 % public, sans multinationales, sous la gestion et le contrôle des travailleurs et du peuple. Et, que le véritable socialisme incluait la mise en place d’un gouvernement des travailleurs qui appliquerait ce plan. Le gouvernement chaviste a conduit le pays à une crise sociale et économique profonde, la plus grave de toute son histoire. Il a provoqué une chute brutale du niveau de vie, sans précédent. Aujourd’hui, le salaire minimum est inférieur à un dollar. Cela a conduit des millions de travailleurs et de secteurs populaires à renoncer à leurs attentes vis-à-vis du chavisme, et plus de 7 millions d’entre eux ont, par contre, quitté le pays, tandis que d’autres se sont rapprochés politiquement et électoralement de la fausse solution offerte par les partis de droite. Ainsi, par impuissance et haine envers Maduro et son gouvernement, ils ont encouragé à tort l’intervention impérialiste. Telle est la triste réalité. C’est pourquoi il n’y a pratiquement pas eu de mobilisations dans les rues du pays pour condamner l’agression militaire américaine. Telles sont les conséquences.
Nous rejetons tout pacte ou accord de livraison de pétrole avec Trump
Notre courant continue d’appeler à la plus large unité d’action au Venezuela et dans le monde pour condamner l’agression militaire de Trump et toute autre tentative d’agression contre la Colombie ou d’autres pays. Mais, nous le faisons depuis l’opposition de gauche au gouvernement chaviste, désormais dirigé par Delcy Rodríguez. L’objectif est de vaincre Trump et son plan néocolonial, mais nous ne soutenons pas et ne faisons pas confiance au gouvernement chaviste actuel.
Il existe un risque qu’ils concluent un accord avec Trump, ce qui signifierait une plus grande cession du pétrole et des richesses minérales et naturelles du Venezuela, ce qui aggraverait la pauvreté des masses, provoquant une aggravation de la crise sociale et la cession du pays. Il existe également un risque que la répression se poursuive. Bien qu’une libération partielle des prisonniers politiques ait déjà été annoncée, de nombreux syndicalistes du secteur pétrolier et d’autres secteurs sont toujours détenus pour avoir lutté et pour des raisons politiques.
C’est pourquoi, depuis le PSL et l’UIT-QI, nous appelons le peuple travailleur et les secteurs populaires du Venezuela à ne pas se laisser tromper ni avoir d’attentes envers Trump, et à rejeter tout pacte du gouvernement avec les États-Unis, à commencer par une plus grande cession de pétrole. Nous pensons que la seule façon de sortir de la crise sociale provoquée par le chavisme n’est pas de suivre les partis de la droite patronale aujourd’hui dirigés par María Corina Machado, et encore moins Trump, mais que la classe ouvrière et les secteurs populaires se mobilisent et revendiquent leurs droits. Dans cette voie, continuons à lutter pour une véritable solution de fond, à savoir un gouvernement des travailleurs et des travailleuses. Un véritable socialisme et non la farce du soi-disant socialisme du XXIᵉ siècle.
En ce sens, nous soutenons le programme d’action proposé par le PSL du Venezuela : « Il faut se mobiliser pour augmenter les salaires et des pensions d’urgence, égales au panier de la ménagère. Assez d’austérité pour le peuple travailleur ! Assez de primes salariales ! Que les conventions collectives soient discutées ; pour le droit de grève et la liberté syndicale ; pour la liberté totale des prisonniers politiques, y compris ceux qui ont déjà été libérés, la liberté pour les personnes emprisonnées dans le cadre des manifestations contre la fraude électorale en juillet 2024.
Que la libération des prisonniers annoncée par Jorge Rodríguez soit accélérée. Nous exigeons en particulier la libération des travailleurs et travailleuses détenus pour avoir lutté, pour avoir dénoncé la corruption ou pour des raisons politiques, comme c’est le cas de plus de 120 pétroliers qui restent détenus, et qu’ils soient réintégrés dans leurs fonctions. Réintégration immédiate des personnes licenciées avec paiement des salaires impayés. Que cessent la répression et la persécution. Levée immédiate du décret d’état d’urgence ! Que les médias fermés soient rouverts. Pleins droits politiques pour le peuple travailleur. Que les partis politiques de gauche et démocratiques soient légalisés. Nous réclamons un pétrole 100 % public, sans entreprises mixtes ni transnationales ; des impôts progressifs pour toutes les entreprises transnationales et les grandes entreprises nationales, et que tout cet argent soit affecté à l’augmentation des salaires, à la santé, à l’éducation et à la production d’aliments et de médicaments ».
Le PSL demande également au gouvernement de Delcy Rodríguez, au lieu de négocier avec Trump, d’organiser une journée internationale de lutte contre l’interventionnisme, car seule l’unité des peuples d’Amérique latine et du monde entier pourra vaincre les plans néfastes de l’ultraconservateur Trump.
Nous appelons à poursuivre la mobilisation contre les agressions interventionnistes de Trump
Une nouvelle action militaire de Trump au Venezuela, en Amérique latine ou au Groenland n’est pas à exclure. Comme nous l’avons souligné, rien n’est encore scellé au Venezuela. Trump a déjà déclaré que si le gouvernement chaviste ne se pliait pas à ses exigences, de nouvelles actions militaires seraient menées. Il a également menacé la Colombie, Cuba, le Mexique, l’Iran, et veut s’emparer du Groenland.
C’est pourquoi l’UIT-QI et le PSL ratifient leur appel à la plus large unité d’action pour poursuivre la mobilisation en Amérique latine et dans le monde, afin de condamner l’intervention militaire au Venezuela et le danger de nouvelles interventions. Les présidents de Colombie, du Brésil, du Chili et du Mexique ont rejeté les menaces agressives de Trump. Il faut leur demander de passer des paroles aux actes et d’appeler à une mobilisation continentale pour vaincre l’agression coloniale de Trump. Ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent. C’est pourquoi la priorité est d’exiger que les organisations politiques, syndicales, étudiantes, féminines et dissidentes, qui se revendiquent démocratiques et anti-impérialistes, appellent dans chaque pays à des mobilisations unitaires dans les rues ou auprès des ambassades ou des consulats des États-Unis et coordonnent un appel à une journée ou une série de journées de lutte continentale. Pour arrêter et vaincre l’ultraconservateur Trump, il est nécessaire de constituer un grand mouvement unitaire latino-américain et mondial. Descendons dans la rue pour dénoncer la tentative de vol du pétrole vénézuélien, pour dénoncer l’enlèvement de Maduro et les menaces de maintenir le blocus pétrolier au Venezuela. Dehors les navires yankees des Caraïbes. Assez des bombardements criminels dans le Pacifique et les Caraïbes. Non aux menaces contre la Colombie, Cuba, le Mexique ou le Groenland. Luttons ensemble pour que Trump quitte le Venezuela et l’Amérique latine.
12 janvier 2026


